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Michel Schmid

Je suis né à Genève en 1945. Adolescent, assez doué pour le dessin et la peinture, je voulais suivre une formation artistique, mais, (trop :-) bon fils, j'ai suivi les conseils de mes parents et je suis devenu ingénieur en électronique. Par la suite, j'ai glissé vers l'informatique, branche que j'ai ensuite enseignée jusqu'en juin de cette année, date à laquelle j'ai pris une retraite, sinon bien méritée, en tous cas bien anticipée. Comme je l'ai déjà mentionné, j'étais un bon fils, donc comme mon père était musicien, j'ai aussi appris la musique. Mon premier instrument a été la flûte traversière. Bien des années plus tard, nous eûmes, avec quelques amis , envie de monter une fanfare de rue. Ainsi j'ai passé de la flûte à la trompette, puis au tuba, pour arriver au soubassophone (Comme il n'existe pas d'instrument plus gros, je vais probablement en rester là).

De la peinture à la sculpture

Côté peinture, après une longue période autodidacte, partagée entre abstraction et paysage, j'ai suivi, dans les années 90, de nombreux cours: peinture en plein air, composition, couleur, abstraction et géométrie, ainsi que dessin d'académie. Avant 1990, j'utilisais l'aquarelle et la gouache, depuis là je travaille surtout à l'acrylique. Dans les années 90, j'ai d'abord travaillé sur l'incorporation de codes et de trames à des éléments du corps humain, provoquant ainsi un contraste, comme peut le faire une dissonance en musique. Petit à petit, ces tableaux sont devenus plus complexes, plus lyriques, plus figuratifs aussi.

En 1999, ayant le sentiment de me disperser, j'ai repris le chemin de l'abstraction en réduisant mes moyens à quelques lignes droites et trois couleurs, noir, blanc et rouge. Après avoir exploré les possibilités offertes par ces matériaux, j'ai laissé une courbe sinueuse se glisser parmi les lignes droites. L'exploration a continué avec elle.

En 2000, les lignes sont soudain devenues tiges et les tableaux ont pris du relief. De là j'ai glissé presque naturellement vers la sculpture, pour moi un nouvel univers, dont l'exploration m'a éloigné de la peinture pendant plus d'une année. Depuis lors, je pratique autant l'une que l'autre.

En 2002, ma femme et moi avons acquis une maison à Mane, où nous nous sommes établis définitivement depuis le mois d'octobre 2004. Cet événement a provoqué deux changements importants dans mon travail plastique: · en peinture, sous l'influence des paysages de la région, j'ai changé ma palette pour passer à des pigments du terroir: ocres, bouillie bordelaise, colorants alimentaires trouvés au marché. Parallèlement, j'ai passé de l'abstraction pure et dure, basée sur des intersections de lignes et de surfaces, à une abstraction basée sur des intersections de paysages. · en sculpture, j'ai abordé le travail du fer, ce qui me tenait à coeur depuis quelque temps.

Le rôle de l'artiste

J'ai lu de J.-M. Coetzee, écrivain sud-africain, qu'il considère que son rôle d'écrivain est d'être un "secrétaire de l'invisible". On peut, je pense, aussi appliquer cette définition à l'artiste plasticien. En effet, le plasticien, s'il ne montre peut-être pas l'invisible, révèle souvent des aspects cachés ou méconnus des choses, en les montrant sous un jour particulier, ou en les associant de manière inhabituelle. Un autre aspect, essentiel à mes yeux, du rôle de l'artiste, c'est la subversion: L'artiste doit être un peu le fou du roi, celui qui ose montrer ce que l'on veut cacher. Paradoxalement, notre société néo-libérale, dans laquelle tout doit être utile, ou en tous cas rentable, et si possible tout de suite, facilite le travail de l'artiste, puisque celui-ci, rien que parce qu'il fait un travail non rentable, et par surcroît complètement inutile, est subversif par définition! Enfin le mortier qui lie la révélation et la subversion, et qui rend le travail de l'artiste justement artistique, c'est l'émotion. Car sans émotion, la révélation relève du journalisme, et la subversion relève de l'action politique.